Dans un appartement que l’on rénove, le sol est souvent le premier poste que l’on veut changer et le dernier que l’on sait trancher. Deux familles se disputent les chantiers : le stratifié, panneau de fibres haute densité recouvert d’un décor imprimé, et le vinyle en lames, dont la part dans les revêtements souples nord-américains est passée de 10 % à 40 % en quinze ans selon Tarkett. Tous deux se posent flottants, se clipsent et imitent le chêne à s’y méprendre.
Sous des apparences voisines, ces deux matériaux ne réagissent pourtant ni à l’eau, ni au bruit, ni au chauffage au sol de la même manière, et leurs prix se chevauchent largement. Lequel poser, dans quelle pièce, et pour quel budget une fois la pose comptée ?
Qu’est-ce qui distingue un sol vinyle d’un stratifié ?
Le stratifié est un sol à base de bois, le vinyle un sol à base de PVC. Le premier superpose un panneau HDF, un papier décor et une couche d’usure sur une épaisseur de 6 à 12 mm selon La Maison Saint-Gobain. Le second, en lame rigide SPC, tient en 6 à 6,5 mm sous-couche intégrée comprise.
Cette différence de cœur commande tout le reste. Le panneau de fibres du stratifié gonfle s’il boit de l’eau par ses joints, même vendu hydrofuge, alors que le PVC reste insensible à l’humidité : la dalle SPC Samklic vendue sur Leroy Merlin est ainsi donnée compatible salle de bains, cuisine et chauffage basse température. La résistance ne se lit pas non plus de la même façon. Le stratifié s’évalue à sa classe AC, de AC1 pour une chambre à AC5 pour un local public, le vinyle à l’épaisseur de sa couche d’usure, que Brico Dépôt situe à 0,15 mm pour des passages modérés et que les bonnes lames portent à 0,55 mm.
Combien coûte un sol stratifié ou vinyle au mètre carré ?
Un stratifié de bonne tenue coûte environ 21 € le mètre carré, un vinyle rigide de qualité comparable 30 à 37 €. Les prix relevés chez Leroy Merlin en novembre 2026 montrent des entrées de gamme presque identiques, autour de 10 €, puis un écart qui se creuse dès que l’on monte en gamme.
| Revêtement | Épaisseur | Résistance annoncée | Prix au m² |
|---|---|---|---|
| Stratifié Forestea Classic | 7 mm | Non précisée | 10,49 € |
| Stratifié Arquiservi Roble Aire hydrofuge | 8 mm | AC5 | 20,86 € |
| Stratifié Sens by Quick-Step Sublime hydrofuge | 8 mm | Non précisée | 29,99 € |
| Lame PVC clipsable bois blanchi Leroy Merlin | Non précisée | Non précisée | 9,99 € |
| Dalle SPC Samklic Gamme Pro | 6 mm | Usure 0,55 mm, classe 33/42 | 29,90 € |
| Lame LVT Smartfloor Grenoble | 6,5 mm | Usure 0,55 mm | 36,95 € |
La pose resserre l’écart dans l’autre sens. Le barème de pose publié par La Maison Saint-Gobain chiffre la main-d’œuvre d’un stratifié à environ 25 € le mètre carré en moyenne, celle d’un vinyle clipsé ou posé libre entre 10 et 20 €. Le stratifié réclame en plus une sous-couche acoustique de 5 à 15 € le mètre carré, que la plupart des lames vinyle rigides intègrent déjà.

Quel revêtement choisir pour une cuisine, une entrée ou une salle d’eau ?
Dans les pièces d’eau et les entrées, le vinyle rigide l’emporte sans discussion, quand le stratifié AC4 ou AC5 reste le choix le plus juste pour les chambres et le séjour. La classification de La Maison Saint-Gobain place d’ailleurs la cuisine et les couloirs dès la classe AC3. Pièce par pièce, la recommandation se précise ainsi :
- salle de bains et salle d’eau : vinyle SPC exclusivement, car l’eau qui stagne au pied de la douche finit toujours par trouver un joint de stratifié ;
- cuisine : vinyle rigide à couche d’usure de 0,55 mm, ou stratifié hydrofuge AC5 si l’on tient au toucher plus ferme du panneau bois ;
- entrée et couloir : vinyle, pour sa tolérance aux chaussures mouillées et au sable rapporté de la rue ;
- pièce sur plancher chauffant : vinyle de faible épaisseur, plus facile à traverser pour la chaleur qu’un stratifié de 12 mm doublé de sa sous-couche ;
- chambre et séjour : stratifié AC4 ou AC5 de 8 mm, plus ferme et plus chaleureux sous le pied, à condition de soigner l’acoustique.
Reste un cas que le vinyle résout mieux que tout autre : la rénovation sans dépose. Avec 6 mm d’épaisseur, sous-couche intégrée comprise, une lame SPC se pose sur un carrelage existant sans qu’il faille raboter les portes. Dans une salle d’eau aménagée sous les combles, où chaque centimètre de hauteur compte, c’est souvent l’argument décisif.

Le budget d’un séjour de 30 m² posé, ligne par ligne
Prenons un séjour de 30 m² sur une dalle saine, avec 10 % de chutes, soit 33 m² de lames à acheter. En stratifié Arquiservi Roble Aire hydrofuge à 20,86 €, la fourniture revient à 688 €, la sous-couche acoustique à 300 € sur une base de 10 € le mètre carré, et la pose à 750 € : 1 738 € au total, soit 58 € le mètre carré.
En dalle SPC Samklic à 29,90 €, la fourniture monte à 987 €, mais la sous-couche disparaît et la pose clipsée, comptée en haut de fourchette à 20 €, s’établit à 600 €. Le chantier revient à 1 587 €, soit 151 € de moins que le stratifié, pour un sol insensible à l’eau. La lame LVT Smartfloor à 36,95 € porte la note à 1 819 €, 81 € au-dessus du stratifié.
Ces montants supposent un support plan. Un ragréage, facturé 15 à 30 € le mètre carré selon La Maison Saint-Gobain, ajoute 450 à 900 € sur ces 30 m², et la dépose d’un ancien sol 5 à 15 € de plus par mètre carré. Sur dix ans, l’entretien ne pèse presque rien dans un cas comme dans l’autre : un balai humide, aucune vitrification, aucun ponçage.
Combien de temps dure un sol vinyle ou stratifié ?
Un stratifié se remplace au bout de vingt à vingt-cinq ans, faute de pouvoir être poncé : son décor n’est qu’une image imprimée. C’est l’écart majeur avec le parquet massif qui traverse les générations, lequel coûte deux à cinq fois plus cher qu’un stratifié. Le vinyle, lui, s’use au rythme de sa couche d’usure.
Le recul sur le vinyle en lames commence à peine. Les premières grandes vagues de pose arrivent en fin de vie, et la question de leur reprise se pose aux fabricants : Tarkett a dû bâtir une filière de valorisation pour les lames usagées, transformées depuis 2022 en tapis automobiles aux États-Unis.
Si nous ne pouvons pas trouver de débouché à un ancien revêtement et le retransformer en sol neuf, nous nous assurons de trouver quelqu’un qui puisse l’utiliser.
Rachel Palopoli, directrice de l’économie circulaire de Tarkett Amérique du Nord, communiqué sur le programme ReStart relayé par FMLink le 4 avril 2025
Ce point pèse dans un intérieur que l’on veut durable. Le stratifié reste un produit majoritairement bois, quand le PVC dépend encore, pour sa seconde vie, de programmes volontaires de fabricants comme ReStart. Ce critère départage rarement un devis, mais il mérite une ligne dans la réflexion.
Le confort sous le pied, ce que les fiches techniques ne disent pas
Sur le papier, le vinyle rigide gagne la plupart des arbitrages. Sous le pied, la hiérarchie se discute : un stratifié de 8 mm bien posé sur sa sous-couche sonne plus franc et paraît plus chaleureux, quand un vinyle trop fin trahit sa matière au premier pas. Un sol se juge en magasin, lame en main, et pas seulement sur une fiche produit à 29,90 €.
Le bruit reste l’angle mort de bien des chantiers en copropriété. Un séjour de 30 m² posé sans sous-couche sérieuse transmet chaque pas au voisin du dessous, et le règlement impose souvent une performance acoustique minimale sous les revêtements durs. Pour qui cherche un sol plus silencieux encore, la matière feutrée du liège ouvre une troisième voie, plus confidentielle mais redoutablement efficace contre les bruits d’impact.



