Décoration

La console, ce meuble étroit qui habille les murs et se glisse dans toute la maison

6

Console en bois foncé et métal noir dans une entrée, vase, lampe et livres sur le plateau, miroir rond au mur

Longue, basse et rarement plus profonde qu’une trentaine de centimètres, la console est ce meuble discret qui se plaque contre un mur pour offrir une surface là où l’on n’attendait rien. Née dans les intérieurs d’apparat pour porter un vase ou un candélabre, elle a longtemps été un simple support fixé sous un miroir, avant de gagner ses pieds et sa liberté de mouvement. On la croise aujourd’hui dans une entrée, derrière un canapé, le long d’un couloir ou dans une salle à manger.

Sa force tient à un paradoxe : occuper très peu d’espace au sol tout en structurant visuellement une pièce entière. Elle pose une horizontale nette, crée un point d’accroche pour le regard et libère une surface de dépose sans jamais barrer le passage. Reste la question que beaucoup se posent au moment de l’installer : comment un meuble aussi mince parvient-il à donner le ton d’un espace tout entier ?

D’un meuble d’apparat à un allié du quotidien

La console naît en France à la fin du XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, sous la forme d’une table murale d’apparat richement sculptée et dorée. Fixée au mur et dépourvue de pieds arrière, elle exposait une pendule, un buste ou une paire de flambeaux, presque toujours sous un grand miroir qui doublait sa présence. Le meuble affichait un statut avant même d’offrir un usage.

Au XVIIIe siècle, l’ornementation s’allège et la console gagne des pieds galbés, parfois une forme en demi-lune qui vient épouser les angles. Elle quitte peu à peu les seuls salons d’apparat pour investir les vestibules et les couloirs des demeures bourgeoises. Ce glissement du décor vers l’usage préfigure exactement son statut actuel.

Le meuble contemporain a conservé cette double nature. Débarrassée de ses dorures, la console d’aujourd’hui se veut sobre et graphique, souvent réduite à un plateau posé sur deux montants. Elle reste pourtant fidèle à sa vocation première : tenir le mur, capter le regard et accueillir les objets que l’on préfère voir plutôt que ranger à l’abri.

Là où la console trouve sa place

Un même meuble, plusieurs fonctions selon la pièce qui l’accueille. La console se prête à des usages très différents dès qu’on la déplace de quelques mètres, et c’est cette souplesse qui explique son retour dans les intérieurs soignés. Ses points d’ancrage les plus convaincants se comptent facilement :

  • dans l’entrée, elle devient le meuble d’accueil par excellence, avec une profondeur volontairement réduite, souvent comprise entre 25 et 35 cm, pour ne pas gêner le passage ;
  • derrière un canapé installé au milieu du salon, elle dessine une séparation douce entre le coin détente et le reste de la pièce ;
  • le long d’un couloir, elle habille un mur nu sans le refermer et rompt la monotonie d’un passage souvent oublié ;
  • dans une salle à manger, elle prend le relais de l’ancienne desserte pour poser une carafe, une pile d’assiettes ou un grand bouquet ;
  • dans une chambre, elle se glisse sous une fenêtre ou face au lit et se mue en coiffeuse ou en bureau d’appoint.

Cette capacité à changer de rôle sans changer de forme fait de la console un meuble d’ajustement précieux dans les logements où chaque mètre carré doit compter double. Elle comble les espaces résiduels que les meubles classiques, plus profonds, laissent presque toujours vides.

Console en chêne clair placée derrière un canapé en lin, lampe et petite plante, face à de grandes fenêtres
Derrière le canapé, la console sépare en douceur le coin salon du reste de la pièce ouverte sur le jardin.

Bois, métal ou pierre, une affaire de matière

Le choix du matériau ne relève pas seulement du goût : il fixe l’ambiance que la console va diffuser et le niveau d’entretien qu’elle réclame. Les modèles contemporains associent volontiers deux matières, un plateau et un piètement, pour jouer le contraste plutôt que l’uniformité. Le tableau ci-dessous résume ce que chaque grande famille apporte à une pièce.

MatièreAmbianceEntretien
Bois clair (chêne, frêne)Chaleureuse et naturelleFacile, cire ou huile
Métal noirGraphique et contemporaineSimple, chiffon sec
Marbre ou travertinMinérale et raffinéeDélicat, craint les acides
Verre et miroirAérienne et discrèteTraces vite visibles

Le métal noir domine les collections récentes, souvent marié à un plateau effet bois qui adoucit sa froideur. Les enseignes françaises comme Maisons du Monde ou La Redoute Intérieurs en ont fait un classique de leurs catalogues, quand des éditeurs haut de gamme tels que Roche Bobois explorent la pierre et le laiton. Avec une hauteur de plateau qui tourne le plus souvent autour de 80 cm, la console reste à portée de main sans jamais dominer les assises voisines.

Composer un plateau qui raconte quelque chose

Une console vide ne le reste jamais longtemps : son plateau appelle la composition, au risque de virer au vide-poches anarchique. La méthode la plus sûre consiste à travailler par groupes impairs et par hauteurs contrastées, en associant par exemple une lampe à poser, un vase et une petite pile de livres. Ce trio suffit à créer un point focal équilibré et vivant, à condition de laisser respirer le reste de la surface.

Le mur situé au-dessus fait pleinement partie de la mise en scène. Un miroir y renvoie la lumière et agrandit l’espace, tandis qu’une œuvre encadrée ancre la console dans une intention plus affirmée. Pour rester harmonieux, l’élément accroché couvre idéalement les deux tiers de la largeur du meuble, ni perdu ni débordant.

Toutes les consoles ne cherchent pourtant pas à se faire voir. Certaines sont pensées pour disparaître dans le décor, peintes dans le ton du mur ou réduites à une simple tablette suspendue quand la pièce est déjà chargée. Les architectes d’intérieur jouent des deux registres selon les projets, comme le résume cette professionnelle interrogée sur l’aménagement des entrées :

Cette console se confond par exemple avec le mur et permet de ranger les chaussures

Charlotte Fequet, architecte d’intérieur, dans le magazine Houzz, 22 août 2025
Plateau de console habillé d'un vase en céramique, d'une lampe en laiton, de livres et d'une coupe en pierre
Un plateau composé par hauteurs contrastées transforme la console en petite nature morte du quotidien.

Trouver la console à la bonne mesure

Avant l’esthétique vient la géométrie. Derrière le canapé qui structure le salon, la console gagne à s’aligner sur sa longueur sans la dépasser, en visant environ les deux tiers de la largeur de l’assise. Dans une entrée étroite, on redescend à une profondeur de 25 à 30 cm pour préserver un couloir de circulation confortable. Ces quelques centimètres arbitrés en amont épargnent bien des regrets.

Le meuble mérite qu’on s’y attarde, car cette pièce d’accueil longtemps négligée retrouve la faveur des Français. Selon une étude Houzz, 21 % d’entre eux y avaient mené des travaux en 2019, ce qui plaçait alors l’entrée au cinquième rang des pièces les plus rénovées, juste derrière la chambre, la cuisine, la salle de bains et le salon. Accessible chez Maisons du Monde comme chez un éditeur tel que Ligne Roset, la console reste l’un des gestes les plus simples pour donner du caractère à ce seuil.

Ce qu’une console dit d’un intérieur

Choisir une console, c’est décider de ce que l’on montre en premier. Posée sur le seuil, elle est la première surface que l’œil rencontre et le premier objet que la main effleure en rentrant, bien avant que le salon ne se dévoile. Un plateau soigné, une matière juste et trois objets bien choisis en disent long sur la maison qui s’ouvre derrière.

Ce meuble filiforme traverse plus de trois siècles précisément parce qu’il ne s’impose jamais. Il accompagne les changements de vie, se déplace d’une pièce à l’autre, se recompose au gré des saisons et des envies. Là où d’autres meubles figent une fonction unique, la console garde la sienne ouverte, et c’est sans doute cette disponibilité tranquille qui explique sa longévité.

Vous aimez cet article ? Partagez !

Cela vous intéressera aussi...

Tous mes articles